Aujourd’hui, c’est la Journée Mondiale de la lutte contre la pauvreté. En Belgique, 15% de la population vit dans la pauvreté. 21,6% des Belges, soit un sur cinq, risquent de tomber dans la précarité. Malgré ce constat, les choix du gouvernement fédéral vont fragiliser encore un peu plus toutes ces personnes qui ont déjà du mal à boucler les fins de mois.

Quant au niveau régional, aucune nouvelle politique n’y est mise en place pour lutter contre l’augmentation des risques de basculer dans la précarité. Pire, les subsides régionaux aux associations qui viennent en aide aux citoyens sont menacés ; même des projets destinés aux personnes sans-abri pourraient être remis en question « en fonction des moyens disponibles » ! Les Verts dénoncent ce cynisme et proposent des mesures concrètes pour faire reculer la pauvreté.

Dans l’accord gouvernemental, on lit que l’emploi est le meilleur remède pour lutter contre la pauvreté. Si l’emploi reste un levier essentiel pour sortir de la pauvreté, il serait réducteur de penser qu’un emploi seul suffit à ne pas basculer dans la précarité. En effet, notre société compte de plus en plus de travailleurs (et surtout de travailleuses) pauvres car les jobs sont de moins durables et les revenus de plus en plus bas. De nombreuses familles doivent se contenter d’emplois précaires. L’emploi n’est donc pas « la » solution efficace pour tout le monde.

Et puis, pour que davantage de personnes travaillent, il faut d’abord et avant tout qu’il y ait suffisamment de (bons) emplois. Et les mesures de l’accord de Gouvernement destinées à créer de l’emploi ne sont pas de nature à nous convaincre.

Dans des administrations fédérale et régionale amaigrie, de nombreux emplois vont disparaître. De plus, le gouvernement de la Wallonie ne trouve rien de mieux que de réduire le financement des points APE qui permettent à bon nombre d’avoir un emploi. Que de nouveaux emplois pourront être massivement créés dans le secteur privé est plus qu’hypothétique : les réductions de cotisation annoncées ne sont pas conditionnées, ni orientées vers les plus bas salaires ou vers des secteurs spécifiques, soumis à la concurrence. Il n’y a pas de plan d’investissement dans l’économie verte pourtant génératrice de croissance et créatrice d’emplois. Les grandes entreprises bénéficient quant à elles d’avantages fiscaux et de réductions de cotisation linéaires sans obligation de maintenir ou de créer de l’emploi. Que penser encore, dans ce contexte, de la réduction de certaines primes (énergie et logement) décidée par le gouvernement wallon alors qu’ elles permettent aux citoyens de faire des économies et au secteur de la construction d’être soutenu ?

Malgré des engagements théoriques, un nombre important de mesures décidées par le Gouvernement fédéral va conduire à un appauvrissement des publics les plus fragiles. La poursuite de la dégressivité des allocations sociales dans le temps fait augmenter le risque de pauvreté dans de nombreuses familles. Le saut d’index annoncé et la poursuite de la modération salariale conduiront d’une manière ou d’une autre à un appauvrissement collectif. Les personnes qui bénéficient d’allocations verront celles-ci lissées par l’élargissement de la période de référence pour leur calcul. Les personnes qui travaillent à temps partiel, souvent des femmes avec enfant(s), perdront après deux ans leur indemnité complémentaire.

Pour toutes les personnes qui ont du mal à garder la tête hors de l’eau, les mesures décidées par les nouvelles majorités peuvent être l’élément de trop, celui qui les fera plonger. Et certains ne pourront même plus avoir accès aux allocations d’insertion, en fonction de leur diplôme ou de leur âge ou s’ils abandonnent leur scolarité de façon anticipée. Que va-t-il advenir de ces jeunes ? Les forcer à frapper à la porte du CPAS de leur commune, ultime lieu de la solidarité collective, n’est certainement pas la solution pour favoriser leur insertion.

Le nouveau gouvernement fédéral annonce vouloir relever les allocations sociales minimales au seuil européen de pauvreté. Mais c’est sans délai précis et avec la volonté de comptabiliser les « avantages sociaux » dans les revenus des ayant-droits. Et c’est d’autant plus cynique que ça va se faire par la voie fiscale, donc avec deux ans de retard. Cela témoigne d’une méconnaissance profonde du nouveau gouvernement par rapport au phénomène de pauvreté et au fait que, pour les familles concernées, chaque euro compte en fin de mois. Celui qui ne parvient pas à nouer les deux bouts n’a pas grand-chose à faire d’une augmentation de son pouvoir d’achat avec deux ans de retard. Et dès lors que le Gouvernement ne fixe pas de délai pour la mise en œuvre de cette décision, au contraire de l’augmentation de l’âge de la pension ou d’autres mesures qui frapperont les plus faibles, les allocations minimales seront-elles augmentées avant le terme de cette législature ? Rien n’est moins sûr !

Il y a pourtant des alternatives. Faire contribuer les revenus des capitaux et alléger la fiscalité sur le travail. Dégager des moyens pour un vaste plan d’investissement dans l’économie du futur. Augmenter la participation de l’Etat fédéral dans le financement des Revenus d’Insertion sociale et individualiser les droits des bénéficiaires. Relever effectivement les allocations sociales minimales et sans tarder. Contrairement à l’accord de Gouvernement, un tel plan, défendu par les Verts, est de nature à donner de l’espoir et des perspectives aux familles qui se battent aujourd’hui pour améliorer leur vie ou simplement survivre.

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