Georges Gilkinet (Ecolo-Groen): Monsieur le président, monsieur Geerts n’a effectivement pas introduit de question sur le tunnel sous-voies de la gare de Namur et il a tort. Il est vrai qu’il s’agit d’un problème local mais néanmoins important.

Monsieur le ministre, depuis ce lundi 29 août, il n’est plus possible pour les piétons et personnes à mobilité réduite de rejoindre le tunnel sous-voies de la gare de Namur via le parking sous-terrain situé au Boulevard du Nord. Des portiques sécurisés, accompagnés d’agents de sécurité, ont été installés afin de limiter l’accès aux seuls automobilistes. Cette décision de la SNCB prive donc les navetteurs, habitants, étudiants du quartier d’un accès facile vers les voies et le centre-ville.

Cette décision inadéquate n’a visiblement pas fait l’objet d’un accord des autorités communales. Elles vous ont d’ailleurs fait plusieurs contre-propositions à ce propos. Cette décision touchera un grand nombre de personnes (plus de 5 000 selon les comptages) qui utilisaient quotidiennement ce passage pour relier les différents quartiers de la ville, sans qu’aucune explication satisfaisante ne soit fournie.

Monsieur le ministre, on ne peut que s’interroger sur les motifs qui ont poussé la SNCB Holding à prendre une telle décision, contraire aux intérêts des Namurois et plus particulièrement aux usagers doux. Symboliquement, elle est particulièrement négative pour l’image de l’entreprise ferroviaire auprès des habitants et usagers concernés.

Monsieur le ministre, quels sont les motifs qui justifient cette décision de fermeture du parking de la gare aux piétons? Estimez-vous qu’il s’agit dans le chef de la SNCB d’une décision favorisant la convivialité à l’égard d’usagers faibles et des riverains de la gare ainsi que la mutli-modalité? Des accidents ont-ils été constatés dans ce parking entre piétons et automobilistes? Quelle concertation a eu lieu avec les représentants de la Ville, le comité de quartier, les navetteurs quant à cette décision? Dans quelle mesure la SNCB a-t-elle pris en compte des remarques émises dans le cadre de cette éventuelle concertation? Est-il envisagé par la SNCB de revenir sur cette décision qui a suscité de nombreuses réactions négatives, encore aujourd’hui avec une manifestation qui se déroulait en fin de matinée à l’entrée du parking? La SNCB envisage-t-elle une alternative pédestre pour les voyageurs et les riverains qui utilisent régulièrement ce passage? Cela peut être une manière de sortir par le haut de cette difficulté. Quel a été le coût de ces aménagements? Quel est le coût du gardiennage mis en place aux deux extrémités du parking? Par qui ces coûts seront-ils pris en charge?

[…]

François Bellot, ministre: Chers collègues, la SNCB m’informe que sa préoccupation est d’assurer en toute sécurité l’accès à son parking et le passage des modes doux entre les quartiers de la ville de Namur situés de part et d’autre de la gare. Outre le passage public existant au niveau de son Travel center, la SNCB a élargi le trottoir à 3,20 mètres vers le pont de Louvain le long de son nouveau parking Saint-Luc mis en exploitation le 22 août.

La SNCB évoque plusieurs motifs qui l’ont amenée à prendre cette décision. Premièrement, les piétons et les cyclistes empruntaient les rampes d’entrée et de sortie du parking souterrain de la gare. Ces rampes ne sont nullement une voirie piétonne ou cycliste. Au fil du temps, cet usage s’est intensifié avec un risque croissant d’accident. Les automobilistes se retrouvaient face à face avec des piétons, parfois avec une poussette, et des cyclistes.

La police ayant déjà signifié à la SNCB que sa responsabilité serait engagée en cas d’accident, la société des chemins de fer a décidé de prendre les mesures nécessaires. En effet, mieux vaut prévenir que guérir. Une signalisation interdisant le passage aux piétons et cyclistes a été mise en place, mais elle n’est pas respectée.

La SNCB a alors installé un dispositif physique pour empêcher cette traversée dangereuse. Il existe un passage piétons public côté Boulevard du Nord, qui aboutit à une entrée officielle de la gare. Il n’est donc pas question de supprimer un accès à la gare mais bien de faire respecter une interdiction d’utiliser une rampe de parking en guise de passage. Aujourd’hui, l’accès au parking est réservé aux seuls utilisateurs du parking, comme le prévoit le règlement d’ordre intérieur.

Plusieurs piétons ont déjà été touchés par des véhicules, avec des incidents entre piétons et conducteurs. La police a incriminé la responsabilité de la SNCB. Par ailleurs, de nombreuses plaintes pour bris de vitres, dégradations, vols ont également été déposées. De plus au-delà du passage piétons, des personnes indélicates profiteraient de ce passage pour commettre des déprédations dans le parking: graffitis, destruction des ascenseurs, urine, drogue, incendie, etc. Il me revient que la décision de fermer cet accès a été annoncée depuis de nombreux mois aux autorités locales. Des informations ont également été affichées dans les accès piétons. La SNCB a rencontré de nombreuses fois le département Voies publiques-Mobilité de la ville, en particulier la volonté de mettre fin au passage en transit a été clairement exprimée dans plusieurs courriers adressés au bourgmestre, aux échevins et au directeur général. Lors de différents exposés publics, la SNCB a toujours confirmé sa volonté de mettre fin à ce transit dangereux et illégal à l’occasion de la réorganisation des parkings. La SNCB rappelle qu’une alternative existe via le Boulevard du Nord et la dalle au niveau du Travel Centre.

La SNCB précise qu’elle ne reviendra pas sur cette décision qui remettrait en cause la sécurité des accès à son parking vu que les riverains disposent d’autres passages sécurisés et que la police risque d’incriminer sa responsabilité en cas d’accident.

Les aménagements en mode doux qui intègrent le nouveau parking Saint-Luc dans son environnement urbain ont été pris en charge dans le cadre de l’établissement de ce nouveau parking de 480 places sur la dotation SPF. Les contrôles d’accès et portiques sécurisés routier et piéton ont été prix en charge par la filiale B-Parking de la SNCB, chargée de l’exploitation de l’ensemble des parkings du réseau. Le coût de ces équipements est estimé à 130 000 euros.

Georges Gilkinet (Ecolo-Groen): Monsieur le ministre, je regrette que vous contentiez de relayer ici la réponse que vous a fournie la SNCB, sans chercher à trouver une solution qui pourrait rencontrer à la fois le souci de sécurité des usagers du parking de la SNCB et le souci de mobilité des usagers faibles. Les solutions mises en oeuvre, avec la possibilité élargie d’utilisation du pont de Louvain pour les piétons, ou du hall de la gare en tant que tel, ne sont pas suffisantes par rapport aux besoins des personnes concernées.

Je pense, monsieur le ministre, qu’il est possible, si vous y mettez votre poids, de remettre l’ensemble des interlocuteurs autour de la table, de chercher des solutions complémentaires, soit par l’aménagement, dans le parking, d’un couloir qui serait accessible uniquement aux piétons, en répondant à l’objectif de sécurisation du parking et de son accès, soit par l’aménagement d’un autre passage par-dessus les voies, en lien avec le nouveau parking Saint-Luc que vous avez cité.

Je vous demande donc, monsieur le ministre, de remettre les interlocuteurs autour de la table et de chercher une solution qui rejoigne les intérêts et attentes de l’ensemble des citoyens. La fermeture de ce parking et le placement d’agents de sécurité aux entrées de celui-ci donnent une image assez déplorable de la SNCB pour les nombreux Namurois qui utilisaient ce passage à des fins de mobilité douce.

[…]

François Bellot, ministre: Je le ferai, mais à la seule condition que l’autorité locale en charge de la sécurité garantisse qu’aucun acte de vandalisme ne sera commis sur le parking, qui est un domaine privé de la SNCB, et qu’aucun incident n’aura lieu avec les gens qui traversent. C’est l’autorité locale qui est chargée de la sécurité sur un lieu public, pas la SNCB.

Donc, si la responsabilité de celle-ci devait être engagée à la suite d’un accident, ce serait anormal dès l’instant où l’autorité locale a été prévenue de l’existence d’incidents. On ne peut pas accepter des incendies, des déprédations ou d’autres problèmes simplement parce qu’on utilise le parking. Ce n’est pas de la responsabilité de la SNCB.

Je suis prêt à en rediscuter, et j’en ai déjà parlé aux autorités locales, mais le devoir de surveillance d’un espace public ne relève pas de la responsabilité de la SNCB. De plus, les autorités concernées ont été prévenues à plusieurs reprises des incidents sans qu’elles trouvent de solution adéquate. C’est en effet à la suite d’un acte un peu plus grave que la décision a été prise formellement.


Georges Gilkinet (Ecolo-Groen):
Monsieur le ministre, je prends acte d’une demi-ouverture de votre part. Je peux donc considérer qu’à votre initiative, une nouvelle réunion pourrait avoir lieu entre la SNCB et les autorités de la Ville. Simplement, je voudrais vous rappeler que des propositions ont été formulées par celles-ci pour rejoindre les intérêts et les attentes des usagers qui traversent cet espace, qui est peut-être privé, mais qui est considéré de facto par les citoyens comme public. Je pense qu’il importe que les gares soient intégrées dans leur milieu de vie. Or, à ce stade, la SNCB ne les a pas suivis.

Si une bonne volonté consistant à prendre en compte les intérêts des uns et des autres se manifeste, peut-être trouvera-t-on une solution. À tout le moins, la volonté de dialoguer est nécessaire. Si vous pouviez user de votre poids de ministre pour que le dialogue reprenne et que les propositions de la Ville de Namur, notamment, soient envisagées sérieusement, je pense que ce serait positif. Je vais donc me réjouir de la poursuite du dialogue et de la recherche de solutions.

[…]

L’incident est clos.

Share This