Quoi qu’il en soit de l’assignation que m’ont transmise la semaine passée les avocats de M. Chodiev, l’enquête continue, avec des auditions qui nous aident à identifier petit à petit les nœuds à éclaircir. Et pour vous permettre de suivre cette histoire complexe, voici les enseignements de ce lundi 15 mai.

1. Deux représentants de l’Ordre de Malte Belgique avaient manifestement pour objectif de dénier tout intervention de leur association dans le dossier, du versement de 25.000 euros à la Fondation Princesse Léa en passant par un rôle d’intermédiaire entre l’Elysée et Armand De Decker. Face aux questions plus précises, par contre, ils n’ont pu que se retrancher derrière une mémoire défaillante et derrière les décisions de l’ancien Grand Chancelier (le Premier Ministre) de l’Ordre, Jean-Pierre Mazéry. Celui-ci serait intervenu pour mettre en contact Armand De Decker avec l’avocate française Catherine Degoul à la fin 2010. Pour soutenir en 2013, via l’intervention du sulfureux Jean-François Etienne des Rosaies, les démarches en vue de l’anoblissement de l’homme d’affaires aux pratiques troubles, lui aussi, Georges Forrest. Tout en négociant parallèlement avec le Ministre belge des Affaires Étrangères la reconnaissance comme État souverain de l’Ordre de Malte. Ça fait beaucoup pour un seul homme. Et comme il vaut et comme il est toujours mieux s’adresser « au bon dieu qu’à ses Saints », j’ai réclamé que celui-ci vienne s’expliquer devant la Commission d’Enquête. On verra s’il répond positivement au Parlement belge.

2. Après les représentants de l’Ordre de Malte, nous avons entendu Charles Ghislain, ancien ambassadeur belge au Vatican, à l’époque, sur cette même séquence et notamment sur les circonstances de la signature du « mémoire d’entente » entre l’État belge et l’Ordre en juillet 2012. Au cours de cette audition, cet ambassadeur nous a confirmé avoir informé par courriel le 5 novembre 2013, Jean-Claude Fontinoy, homme de confiance du Ministre Reynders, du caractère potentiellement problématique de Jean-François Etienne des Rosaies, avec lequel Fontinoy était alors en contact (officiellement à propos de la reconnaissance de l’Ordre de Malte et de l’anoblissement de Georges Forrest). En réponse à ma question de savoir si personne ne l’avait alerté à propos des antécédents de JFEDR, Jean-Claude Fontinoy avait pourtant répondu mercredi passé que « sa secrétaire, à laquelle il avait posé la question, n’avait trouvé aucune information relevante à son sujet ». Mensonge par omission ou nouveau trou de mémoire opportun ? En tout cas, la contradiction est flagrante. Et pour rappel, devant une commission d’enquête, « tout coupable de faux témoignage sera puni d’un emprisonnement de deux mois à trois ans et privé de l’exercice du droit de vote et d’éligibilité pendant cinq ans au moins et dix ans au plus ». En attendant, ledit Charles Ghislain n’a jamais été informé du suivi donné à son information et a été contraint, comme ultime récompense de l’information transmise au Cabinet des Affaires Étrangères, de la terminer dans un placard, avant d’être admis à la pension.

3. Enfin, notre ancien collègue Josy Arents (cdH) et l’ancienne greffière de la Chambre, Mme De Prins, sont venus nous réexpliquer les circonstances politiques de l’époque. Ces affaires courantes qui n’en finissaient pas. Et cet engagement de la majorité en place d’informer le Parlement bien à l’avance de ses initiatives législatives et de s’en tenir aux mesures urgentes. Ce qui ne fut pas fait et n’était pas le cas pour ce qui concerne la transaction pénale amiable, arrivée sur la table du Parlement de façon aussi impromptue qu’étrange. Et c’est bien ce que nous tentons d’éclaircir depuis 2011. On ne lâchera pas le morceau !

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